Derrière la porte d’un garage au Koweït, une supercar de légende dort depuis près de deux décennies. Pas n’importe laquelle : une Bugatti EB110 GT, l’une des machines les plus fascinantes des années 90, avec un pedigree royal. Oubliée, figée dans le temps, elle attendait son heure.
Aujourd’hui, cette belle endormie se réveille, et son histoire est tout simplement incroyable. Nous allons retracer le parcours de ce joyau automobile, de son long sommeil au Golfe à sa résurrection spectaculaire entre les mains d’artisans d’exception.
L’EB110, une icône technologique des années 90
Avant de plonger dans l’histoire de cet exemplaire unique, il est essentiel de comprendre ce que représente la Bugatti EB110. Cette voiture de sport est le symbole d’une renaissance, celle d’une marque mythique revenue d’entre les morts sous l’impulsion de l’entrepreneur italien Romano Artioli.
Plus qu’une voiture, une prouesse technique
Au début des années 90, le monde des supercars était dominé par des noms comme Ferrari et Lamborghini. Pour marquer son retour, Bugatti ne pouvait pas faire dans la demi-mesure. L’EB110 fut une véritable démonstration de force technologique.
Son châssis monocoque en fibre de carbone, une rareté à l’époque, lui conférait une rigidité et une légèreté exceptionnelles. Contrairement à ses rivales qui misaient souvent sur la propulsion, Bugatti a fait le choix audacieux d’une transmission intégrale permanente, garantissant une motricité hors du commun.
Le cœur de la bête était tout aussi innovant. Un moteur V12 de seulement 3,5 litres, mais suralimenté par quatre turbos. Une architecture mécanique d’une complexité folle qui incarnait parfaitement l’esprit d’innovation de la marque.
Avec une production limitée à seulement 96 exemplaires pour la version GT de route, chaque EB110 est aujourd’hui une pièce de collection extrêmement recherchée.
Des performances à couper le souffle
La fiche technique de l’EB110 GT avait de quoi faire pâlir la concurrence. Son V12 développait une puissance colossale de 560 chevaux, lui permettant d’abattre le 0 à 100 km/h en seulement 3,6 secondes et d’atteindre une vitesse de pointe de 342 km/h. Des performances qui, même trente ans plus tard, restent impressionnantes.
À sa sortie, son prix avoisinait les 320 000 euros, une somme considérable qui la plaçait au sommet de la hiérarchie automobile. Elle était une vitrine du savoir-faire européen.
L’histoire d’une belle endormie au Koweït
Notre exemplaire du jour partage cette excellence mécanique, mais son parcours est unique. Livrée neuve en 1994, cette EB110 GT couleur bleu roi a connu une première vie avant d’entrer dans une collection royale.
Un pedigree princier et un long sommeil
En 2005, lors d’une vente aux enchères à Monaco, la voiture est acquise par Sheikh Nasser Mohammed Al-Ahmad Al-Sabah, membre de la famille royale du Koweït. Elle rejoint alors un garage climatisé aux côtés d’autres supercars d’exception. C’est là que son histoire prend une tournure inattendue.
Au lieu d’avaler l’asphalte, la Bugatti est mise au repos. Un repos qui durera 17 longues années.
Le compteur reste bloqué à seulement 7 000 kilomètres. La voiture est préservée de l’usure de la route, mais pas des ravages du temps et de l’inaction.
Le réveil d’une mécanique à l’agonie
Une supercar n’est pas faite pour rester immobile. Ce long sommeil, même dans des conditions contrôlées, s’est avéré destructeur. La chaleur et l’humidité du Golfe ont attaqué sans pitié chaque composant fragile.
Les joints en caoutchouc sont devenus secs et cassants, les durites poreuses. Les fluides (huile, liquide de refroidissement, liquide de frein) se sont dégradés, perdant toutes leurs propriétés. L’électronique, sensible par nature, a souffert de l’oxydation.
Pire encore, les freins se sont grippés et la transmission a subi les affres de l’immobilité. Lorsque son nouveau propriétaire l’a découverte, la voiture était magnifique en apparence, mais sa mécanique était au bord du gouffre.
La résurrection : une restauration hors normes
Face à un tel défi, il fallait faire appel aux meilleurs. La Bugatti a traversé le monde pour être confiée aux mains expertes de l’atelier luxembourgeois Art & Revs, des spécialistes reconnus dans la restauration de voitures de collection d’exception. Ce qui a suivi n’était pas une simple révision, mais une véritable renaissance.
Un chantier titanesque mené par des experts
Le travail réalisé par Art & Revs est l’un des plus ambitieux jamais entrepris sur une EB110. Pour s’assurer de ne rien laisser au hasard, l’équipe a pris une décision radicale : le démontage intégral de la voiture jusqu’à son châssis en carbone nu. Chaque pièce, chaque vis, chaque composant a été retiré.
Le V12 quadriturbo a été entièrement démonté et reconstruit. Les quatre turbos, la transmission, le système de refroidissement, le freinage… tout a été méticuleusement restauré ou remplacé par des pièces conformes à l’origine.
Retrouver l’éclat d’origine
Le travail ne s’est pas arrêté à la mécanique. La carrosserie en aluminium a été reprise panneau par panneau pour lui redonner son lustre d’antan. L’habitacle, bien que peu usé, a été intégralement rafraîchi pour effacer les marques du temps et de l’humidité.
Le résultat est tout simplement spectaculaire. La voiture est aujourd’hui dans un état « concours », probablement supérieur à son état de sortie d’usine en 1994.
Un retour sur le devant de la scène mondiale
Après des mois de travail acharné, cette EB110 était prête à faire son grand retour. Et quel retour ! Elle a été présentée sur les scènes les plus prestigieuses du monde automobile.
- En août 2024, elle a ébloui les collectionneurs lors de The Quail, A Motorsports Gathering, l’un des événements les plus sélects de la Monterey Car Week en Californie.
- Elle fera ensuite le voyage jusqu’à Paris pour être l’une des stars du salon Rétromobile en 2025.
Aujourd’hui, Art & Revs propose ce bijou à la vente. Si le prix n’est pas affiché, on peut se faire une idée de sa valeur. Les transactions récentes pour des EB110 GT en excellent état oscillent entre 1,9 et 2 millions d’euros.
Avec son histoire royale, son kilométrage exceptionnellement bas et sa restauration intégrale documentée, cet exemplaire se positionne sans aucun doute au sommet du marché.
Cette histoire est une magnifique leçon. Elle nous rappelle qu’une voiture, aussi exceptionnelle soit-elle, est faite pour vivre, rouler et faire vibrer. La renaissance de cette EB110 n’est pas seulement une prouesse technique ; c’est un hommage à la passion qui anime les collectionneurs et les artisans qui consacrent leur vie à préserver ces trésors mécaniques.
C’est la promesse d’une nouvelle vie sur la route, là où sa légende s’est écrite. Et vous, quelle est la voiture de collection qui vous fait le plus rêver ?
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