Icône absolue, la BMW 507 est bien plus qu’une voiture. C’est une sculpture sur roues, un fantasme automobile dessiné par le génial Albrecht von Goertz. Produite à seulement 254 exemplaires entre 1956 et 1959, elle incarne une vision du luxe et de la sportivité qui continue de faire rêver.
Mais derrière les lignes d’une beauté à couper le souffle se cache une machine complexe qui exige une expertise particulière.
Alors, comment transformer ce rêve en réalité sans tomber dans les pièges ? Acheter une 507 n’est pas une transaction ordinaire. C’est un projet qui demande de la patience, des connaissances et un œil affûté.
Ensemble, nous allons décortiquer les points importants à vérifier pour faire le bon choix et acquérir un morceau d’histoire en toute sérénité.
L’aluminium de la carrosserie : pièce maîtresse et défi
Avant même de tourner la clé, la première inspection, la plus essentielle, concerne ce qui fait la magie de la 507 : sa carrosserie. Chaque panneau, façonné à la main en aluminium, est posé sur un châssis tubulaire en acier. Cette combinaison, bien que légère et performante pour l’époque, est aussi le talon d’Achille du modèle.
Quand l’aluminium rencontre l’acier : une union à risque
Le principal ennemi de la 507 est un phénomène physique appelé corrosion galvanique. Au contact de l’acier, et en présence d’humidité, l’aluminium se dégrade de manière insidieuse. Sur un exemplaire mal conservé, les points de fixation et les renforts internes peuvent être gravement endommagés, un défaut souvent masqué par une peinture fraîche et brillante.
Il est donc indispensable de contrôler l’état du châssis, notamment au niveau des points d’ancrage des triangles de suspension avant et des ressorts arrière. L’absence de soudures grossières sur les longerons est un excellent indicateur. Si un vendeur se montre réticent à l’idée de faire passer la voiture sur un pont élévateur, considérez cette réticence comme un signal d’alarme.
L’art de l’inspection : au-delà de la surface
Les panneaux en aluminium de la carrosserie sont magnifiques mais fragiles. Ils se déforment facilement et leur restauration est un art que peu d’ateliers maîtrisent encore aujourd’hui. Réparer de l’aluminium ancien demande un savoir-faire et un outillage spécifiques, comme un marbre adapté et des techniques de planage à froid.
Le coût d’une restauration complète de la carrosserie peut rapidement dépasser celui d’une voiture de collection plus classique. C’est pourquoi l’authenticité et l’état des panneaux d’origine sont des critères qui pèsent lourdement dans la valeur finale du véhicule. Faites-vous accompagner par un expert spécialisé dans ce type de carrosserie ; son avis sera votre meilleure assurance.
Sous le capot : un V8 au tempérament affirmé
Le moteur principal de la 507 est un V8 de 3,2 litres entièrement en aluminium, une merveille de technologie pour son époque. Alimenté par deux carburateurs double-corps, il développe 150 chevaux et offre un couple généreux. Heureusement, ce bloc était également monté sur les berlines 502 et les coupés 503, ce qui facilite un peu l’approvisionnement en pièces mécaniques.
Les sensibilités du V8 : ce qu’il faut surveiller
Malgré sa conception robuste, ce V8 a quelques sensibilités. Les chemises de cylindres, traitées avec un revêtement en chrome dur, peuvent s’user prématurément si le circuit de refroidissement a été négligé. Un test de compression, cylindre par cylindre, est donc une étape non négociable avant tout achat.
Les carburateurs Zenith d’origine, bien que performants, sont réputés pour être complexes à régler. Certains propriétaires les ont remplacés par des modèles Weber, plus simples d’entretien. Cette modification, si elle n’est pas un drame, peut cependant impacter la valeur de la voiture aux yeux des puristes et dans les concours d’élégance.
Enfin, une fumée bleutée à chaud au ralenti signale souvent une usure des guides de soupapes, une réparation courante mais coûteuse.
La transmission : fiabilité et points de vigilance
La boîte de vitesses manuelle à quatre rapports est globalement fiable. Son point faible connu se situe au niveau des synchroniseurs de deuxième vitesse, qui ont tendance à fatiguer avec le temps. Pour le vérifier, un test simple suffit : à froid, passez tous les rapports.
Si l’un d’eux craque ou refuse de s’engager, une révision de la boîte sera à prévoir.
Le marché actuel de la 507 : une analyse pertinente
Acquérir une BMW 507, c’est aussi faire un investissement financier conséquent. Il est donc essentiel de bien comprendre les dynamiques actuelles du marché pour acheter au juste prix.
Une cote en recul : une véritable opportunité ?
Après des années de hausse spectaculaire, la cote de la BMW 507 connaît un léger tassement depuis 2024. La valeur de référence tourne aujourd’hui autour de 1,8 million d’euros, avec des ventes aux enchères récentes qui se sont conclues en dessous des records passés.
Qu’est-ce que cette tendance signifie pour un acheteur ? La 507 est désormais moins un actif spéculatif qu’un formidable objet de préservation de valeur. Sa rareté extrême garantit un plancher de prix très élevé.
Cette accalmie pourrait même représenter une fenêtre d’opportunité pour les collectionneurs patients et bien informés.
L’historique du véhicule : un atout essentiel
Sur une production aussi limitée, la traçabilité est reine. Un dossier complet, incluant des factures de restauration, le certificat d’authenticité de BMW Classic et, si possible, des photos d’époque, peut justifier une différence de prix considérable. Un vendeur qui ne peut pas fournir une chaîne de propriété claire et documentée doit vous inciter à la plus grande prudence.
L’histoire d’une voiture de cette trempe fait partie intégrante de sa valeur.
Utiliser la 507 aujourd’hui : entre passion et contraintes
Posséder une BMW 507, c’est avant tout pour la conduire. Cependant, l’utiliser régulièrement sur le continent européen implique de nouvelles contraintes. Les zones à faibles émissions (ZFE) se multiplient dans les métropoles, et une voiture de 1957 sans pot catalytique est directement concernée.
En France, la carte grise de collection offre des dérogations, mais les règles peuvent varier d’une agglomération à l’autre et sont susceptibles d’évoluer. Il est donc sage d’anticiper ces restrictions, surtout si vous prévoyez de participer à des rallyes ou de simplement profiter de votre roadster en ville. Le lieu où vous stationnerez votre voiture déterminera en grande partie votre liberté de l’utiliser.
Points de contrôle essentiels avant l’achat
- Carrosserie : Authenticité des panneaux en aluminium et état du châssis en acier, en particulier la recherche de corrosion galvanique.
- Moteur : Test de compression du V8, état et origine des carburateurs, absence de fumée suspecte.
- Transmission : Fonctionnement de la boîte à froid, notamment le passage de la deuxième vitesse.
- Dossier : Historique complet, factures, et si possible, un certificat d’authenticité.
La BMW 507 reste l’un des plus beaux roadsters jamais produits. Le marché actuel, un peu moins tendu, ouvre peut-être la porte aux acheteurs avisés. Rappelez-vous toujours qu’un exemplaire sain sur le plan structurel avec un passé limpide sera toujours un meilleur investissement qu’une beauté superficielle cachant de lourds secrets.
Et vous, si vous en aviez l’occasion, franchiriez-vous le pas pour cette icône de l’automobile ?
