Imaginez une petite marque artisanale, nichée dans la région de Cuneo en Italie, qui décide de défier les géants de l’automobile sur l’une des scènes les plus impitoyables du sport mécanique. Voici l’histoire que Kimera Automobili écrit.
Connue pour ses sublimes restomods rendant hommage à l’âge d’or du rallye, l’entreprise prend un virage radical avec sa dernière création : la K39. Oubliez la nostalgie, nous parlons ici d’une machine conçue pour un but unique : pulvériser le record absolu de la course de côte de Pikes Peak.
Ce projet représente une rupture, une ambition audacieuse. Comment ce fabricant, expert dans l’art de ressusciter les légendes, a-t-il créé une hypercar capable d’atteindre les sommets ? C’est ce que nous allons découvrir ensemble.
De restomod à hypercar : la transformation de Kimera
Jusqu’à présent, Kimera était synonyme d’héritage. Ses modèles EVO37 et EVO38 étaient des lettres d’amour à la Lancia Rally 037, icône du Groupe B.
Mais avec la K39, l’entreprise ne regarde plus dans le rétroviseur. Elle fixe l’horizon.
L’adieu au mythique quatre cylindres
La motorisation des précédentes créations de Kimera était une mécanique d’exception : un quatre cylindres de 2,1 litres doté d’une double suralimentation. Associant un compresseur pour la réponse à bas régime et un turbo pour la puissance à haut régime, ce moteur « twin-chargé » incarnait l’esprit du Groupe B, modernisé pour dépasser les 600 chevaux. C’était la signature de la marque, un lien direct avec son histoire.
La K39 rompt avec ce passé. Elle délaisse cette architecture emblématique pour une motorisation radicalement différente, marquant la fin de l’hommage. Le temps de la conquête est venu.
Une feuille blanche pour une ambition nouvelle
La différence majeure ne réside pas uniquement sous le capot. Là où les EVO37 et EVO38 se basaient sur la structure d’une Lancia Beta Montecarlo, la K39 est une création partie de zéro. Elle est construite autour d’un châssis monocoque intégralement en fibre de carbone. Ce n’est plus un restomod, même exceptionnel.
C’est ce que Kimera nomme un « Hyper Retromod » : une hypercar aux performances de pointe, dont l’âme puise son inspiration dans le passé. Chaque panneau de carrosserie, chaque élément structurel a été conçu pour un objectif unique : la performance absolue.
La K39 : une bête de course taillée pour la montagne
Visuellement, la K39 est une machine spectaculaire. Ses proportions rappellent la silhouette bestiale de la Lancia Beta Montecarlo Groupe 5 qui dominait les circuits d’endurance à la fin des années 70. Mais la ressemblance s’arrête là où commence la physique.
Un design inspiré, une aéro optimisée
Cet hommage stylistique n’est pas un simple clin d’œil. Il constitue la base d’une étude aérodynamique très poussée. Développée en soufflerie virtuelle, la carrosserie en carbone de la K39 est une sculpture fonctionnelle.
Chaque aileron, chaque prise d’air, chaque courbe a été calculée pour générer un appui maximal et fendre l’air dans les conditions spécifiques du Colorado. Le but est de maintenir la voiture sur la route sur les 20 kilomètres d’ascension et ses 156 virages.
La motorisation : un V6 biturbo surpuissant
La véritable prouesse se situe en position centrale arrière. Kimera a collaboré avec les experts d’Italtecnica pour développer un tout nouveau V6 biturbo de 3,0 litres. Cette mécanique a été conçue pour être polyvalente, avec trois niveaux de puissance :
- Version routière : 610 ch à 7 200 tr/min, pour les quelques chanceux qui pourront l’acquérir.
- Version endurance : 700 ch à 8 000 tr/min, pour les compétitions sur circuit.
- Version Hill Climb : 750 ch avec un système de turbo séquentiel poussé à 1,8 bar de pression.
C’est cette dernière configuration qui sera chargée de la mission Pikes Peak. Les premiers retours des pilotes d’essais sont unanimes : la machine est « violente », physique et incroyablement exigeante. Précisément ce qu’il faut pour dompter la montagne.
Objectif Pikes Peak : défier l’électrique et l’altitude
Kimera ne se contente pas de viser le record des voitures à moteur thermique. Son ambition est bien plus grande : faire tomber le record absolu, détenu depuis 2018 par Romain Dumas et l’incroyable prototype électrique Volkswagen ID.R, avec un temps exceptionnel de 7 minutes et 57 secondes.
Un défi face à la physique
À Pikes Peak, le départ est à 2 862 mètres et l’arrivée à 4 302 mètres. À cette altitude, l’air se raréfie et la concentration en oxygène diminue fortement. Pour un moteur thermique, cela implique une perte de puissance significative, que les turbos doivent compenser, risquant leur fiabilité.
C’est ici que les voitures électriques possèdent un avantage structurel : leur performance n’est pas affectée par la pression atmosphérique. Le défi de Kimera est double : construire une voiture plus performante que l’ID.R au niveau de la mer, et s’assurer que son V6 suralimenté puisse conserver sa puissance jusqu’au sommet.
Un calendrier précis pour un exploit historique
La Kimera K39 a été officiellement dévoilée le 15 mai sur les rives du lac de Côme, marquant le début d’une longue préparation. La marque prend son temps, avec une participation à la Pikes Peak International Hill Climb prévue pour le 21 juin 2026.
Avec la K39, Kimera Automobili change de dimension. Le fabricant de rêves pour passionnés de Groupe B devient un véritable constructeur d’hypercars de compétition, prêt à se mesurer aux plus grands.
En choisissant de défier un record électrique avec une machine thermique rugissante, la petite entreprise italienne se lance non seulement dans une course vers les sommets, mais aussi dans une bataille symbolique pour l’âme du sport automobile. Pensez-vous qu’une telle machine puisse encore régner au sommet de Pikes Peak ? L’avenir nous le dira.
