Le son rauque et pétaradant d’un moteur Abarth est une mélodie que beaucoup de passionnés pensaient ne plus jamais entendre sur un modèle neuf. Depuis quelques années, la marque au Scorpion a pris un virage à 180 degrés, misant tout sur l’électrique. Une stratégie audacieuse, mais qui semble aujourd’hui au bord de l’implosion.
Face à des ventes en chute libre et une communauté de fans déçue, une rumeur folle prend de l’ampleur : et si Abarth faisait marche arrière ? Nous allons décrypter pourquoi le retour du moteur essence n’est plus un simple fantasme, mais une option très sérieusement étudiée par Stellantis.
Le virage électrique : une fausse bonne idée ?
Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir sur ce pari du tout-électrique. En se concentrant exclusivement sur les Abarth 500e et 600e, la marque italienne voulait se projeter dans l’avenir. Pourtant, ce futur s’est rapidement heurté à un présent commercial très difficile.
Effondrement commercial : la descente aux enfers d’Abarth
Les chiffres sont sans appel et témoignent d’une véritable crise.
| Année | Véhicules écoulés |
|---|---|
| 2024 | Près de 4 900 |
| 2025 | À peine plus de 1 000 |
Il ne s’agit pas d’un simple ralentissement, mais d’une véritable hémorragie qui met en péril la survie de la marque. La clientèle historique, les fameux « Abarthisti », n’a tout simplement pas suivi.
Prix élevés et autonomie limitée : les freins majeurs
Deux facteurs expliquent en grande partie ce désamour:
- Tarifs exorbitants : Le prix d’entrée pour la 500e est de 36 900 € et de 44 900 € pour la 600e. On est bien loin de l’esprit de petite sportive accessible qui a fait le succès d’Abarth.
- Autonomie décevante : L’autonomie réelle, estimée à environ 250 km pour la 500e et 320 km pour la 600e, est jugée trop faible pour une voiture qui se veut source de plaisir et de liberté, y compris pour des escapades le week-end.
L’âme du Scorpion perdue : l’amertume des passionnés
Plus profondément encore, c’est l’âme même d’Abarth qui semble s’être diluée dans le silence de l’électrique. Gaetano Thorel, le directeur européen de la marque, l’a résumé avec une franchise rare : « Quand vous parlez à un passionné Abarth, c’est plus qu’une marque de performance : cela a toujours été une marque de préparation. Les gens adoraient mettre les mains dans le moteur.
Avec l’électrique, vous ne pouvez pas faire ça. » Le passage à l’électrique a coupé Abarth de sa culture du « bricolage », de l’optimisation et de la personnalisation mécanique, laissant ses fans les plus fidèles orphelins.
La renaissance thermique : quelles options pour le Scorpion ?
Face à ce constat, les équipes de Stellantis travaillent en coulisses sur un plan de sauvetage qui sonne comme un retour aux sources. Plusieurs scénarios sont actuellement sur la table pour faire vrombir à nouveau le Scorpion.
La Grande Panda : le premier rugissement attendu ?
La future Fiat Grande Panda pourrait bien être la première à bénéficier de ce revirement. L’idée serait de développer une version Abarth survoltée, s’inspirant potentiellement du concept 4×4 qui intégrait un second moteur sur l’essieu arrière. Une telle architecture ouvrirait la porte à une petite bombe à quatre roues motrices, renouant avec l’esprit d’agilité et de performance pure qui caractérise la marque.
C’est sans doute l’option la plus excitante.
Moteurs familiers pour les 500 et 600 : un choix pragmatique
Pour les Abarth 500 et 600, la solution la plus pragmatique serait de piocher dans la banque d’organes du groupe Stellantis. Le principal suspect est le moteur 1.2 trois cylindres mild-hybrid, qui développe déjà 145 chevaux sur d’autres modèles. La grande question reste la marge de manœuvre disponible pour les ingénieurs.
Pourront-ils pousser ce bloc bien au-delà pour atteindre un niveau de puissance digne du blason Abarth, sans compromettre sa fiabilité ? Le défi est de taille.
Un retour semé d’embûches : la dure réalité réglementaire
Ressusciter le moteur thermique chez Abarth est techniquement faisable. Cependant, le chemin est loin d’être un long fleuve tranquille. La marque doit faire face à un obstacle majeur, bien plus complexe qu’un simple défi d’ingénierie : la réglementation européenne.
Émissions de CO₂ : le défi environnemental
C’est ici que le rêve pourrait se briser. En 2025, la réglementation européenne imposera aux constructeurs une moyenne d’émissions de 81 g/km de CO₂ sur l’ensemble de leur gamme. Pour mettre ce chiffre en perspective, une Abarth thermique de l’ancienne génération pouvait émettre jusqu’à 164 g/km.
L’écart est colossal. Chaque gramme au-dessus de la limite est sanctionné par une amende. Pour une voiture émettant 164 g/km, la pénalité à la charge de Stellantis serait d’environ 6 840 € par véhicule vendu !
L’équation économique devient alors vertigineuse et potentiellement intenable.
L’arbitrage décisif de Stellantis
Le futur d’Abarth dépendra donc des arbitrages stratégiques qui seront faits au plus haut niveau de Stellantis. Le groupe peut-il se permettre d’absorber de telles pénalités pour satisfaire une niche de passionnés ? Ou trouvera-t-il une astuce technologique, comme une hybridation plus poussée, pour faire baisser les émissions tout en conservant le caractère explosif du moteur ?
Les décisions prises dans le cadre du prochain plan industriel du groupe seront décisives.
La flamme de l’Abarth thermique n’est pas éteinte. Poussée par une base de fans loyale et des résultats commerciaux décevants pour l’électrique, la marque explore activement un retour à ses racines vrombissantes. Ce ne sera pas un simple retour en arrière, mais une réinvention complexe, contrainte par un cadre réglementaire et financier extrêmement strict.
La question n’est plus de savoir si Abarth veut renouer avec l’essence, mais si elle le peut. La passion des ingénieurs et des puristes suffira-t-elle à surmonter les froids calculs des normes et des bilans comptables ? L’avenir nous le dira très bientôt.
Et vous, seriez-vous prêt à craquer pour une nouvelle Abarth thermique, même si son prix devait refléter les contraintes écologiques ? Partagez votre avis dans les commentaires.
