Une marque légendaire, Jaguar, décide de faire table rase de son passé. Après 90 ans de moteurs thermiques rugissants, elle annonce une mue spectaculaire : devenir 100 % électrique. Une promesse audacieuse, incarnée par un futur modèle phare au design radical, la Type 00.
Pourtant, alors que les usines se sont tues, un grain de sable vient gripper cette mécanique bien huilée. Une rumeur insistante suggère que sous le capot de cette icône électrique pourrait se cacher… un moteur essence.
Alors, Jaguar est-il sur le point de faire marche arrière ? Cette GT quatre portes, censée symboliser la renaissance de la marque, pourrait-elle trahir sa propre transformation ? Analysons cela ensemble.
L’autonomie : le défi persistant
À l’origine de cette potentielle volte-face se trouve un ennemi bien connu des conducteurs de voitures électriques : l’anxiété liée à l’autonomie. Jaguar a beau annoncer des chiffres impressionnants pour sa Type 00, le doute semble s’être installé dans les bureaux d’études.
Un chiffre impressionnant, mais est-ce suffisant ?
Sur le papier, la promesse est belle. La future Jaguar Type 00 revendiquerait une autonomie de 770 kilomètres selon le cycle WLTP. C’est un chiffre plus que respectable qui la placerait dans le haut du panier des berlines premium.
Mais la réalité de l’usage est souvent moins clémente. Un trajet autoroutier à 130 km/h combiné à une météo hivernale, qui met les batteries à rude épreuve, peut faire fondre cette valeur théorique rapidement.
C’est précisément cette crainte qui préoccuperait les stratèges de la marque. Ils redouteraient que même une autonomie de premier plan ne suffise pas à convaincre une clientèle fortunée, habituée à la liberté totale offerte par l’essence et encore peu encline à planifier ses longs trajets autour des bornes de recharge. L’idée serait donc de proposer un filet de sécurité pour rassurer ces acheteurs potentiels.
Le prolongateur d’autonomie à la rescousse
La solution envisagée est aussi ingénieuse que surprenante : intégrer un prolongateur d’autonomie. Il s’agirait d’un petit moteur essence dont le seul rôle serait de fonctionner comme un générateur pour recharger la batterie en roulant. Selon les premières informations, ce système pourrait porter l’autonomie totale du véhicule à près de 1 100 kilomètres.
De quoi traverser la France sans jamais avoir à s’arrêter pour une recharge, éliminant ainsi toute forme d’anxiété.
Fonctionnement d’un prolongateur d’autonomie
Cette technologie, souvent désignée par l’acronyme EREV (Extended-Range Electric Vehicle), n’est pas nouvelle, mais elle reste méconnue du grand public. Son principe est fondamentalement différent de celui d’une voiture hybride classique.
Plus un générateur qu’un moteur
La distinction est essentielle. Dans une voiture équipée d’un prolongateur d’autonomie, le moteur thermique n’est jamais relié mécaniquement aux roues. Il ne participe donc jamais directement à la propulsion du véhicule.
La Jaguar Type 00 resterait, dans son fonctionnement, une pure électrique. Le moteur à essence n’interviendrait que lorsque le niveau de la batterie devient critique, se mettant en marche pour produire de l’électricité et alimenter la batterie, qui elle-même alimente les moteurs électriques. On peut le voir comme une centrale électrique de secours embarquée.
La différence avec une voiture hybride
Contrairement à un véhicule hybride rechargeable (PHEV), où le moteur thermique peut prendre le relais pour entraîner les roues, ici, la traction est exclusivement électrique. Cette approche a été popularisée il y a plus d’une décennie par BMW avec son i3 REx.
À l’époque, la technologie avait permis de lever les freins à l’achat d’une citadine électrique à l’autonomie encore limitée. Voir Jaguar s’y intéresser aujourd’hui pour son vaisseau amiral prouve que le pari du tout électrique reste complexe, même au sommet de la gamme.
Un secret bien gardé et des signaux contradictoires
Pour l’instant, le conditionnel reste de mise, car Jaguar souffle le chaud et le froid. Le projet serait mené dans le plus grand secret, illustrant l’embarras de la marque face à ce qui pourrait être perçu comme un renoncement.
Entre démenti officiel et rumeurs persistantes
Interrogé sur le sujet, un porte-parole de Jaguar Land Rover (JLR) a affirmé que « les projets visant à réinventer Jaguar en marque exclusivement électrique ne changent pas ». Une déclaration ferme qui vise à éteindre l’incendie. Pourtant, des sources internes citées par le journal britannique The Times confirment que des ingénieurs travaillent activement sur l’intégration de ce prolongateur d’autonomie.
Un double discours qui révèle les tensions et les doutes qui agitent la direction.
Même si le projet était validé, cette version « EREV » n’arriverait pas au lancement de la Type 00, prévu fin 2025. Les études n’en seraient qu’à leurs débuts, ce qui suggère une décision prise tardivement, presque en urgence, face aux réalités d’un marché plus frileux que prévu.
L’ombre chinoise de Chery ?
Cette solution technique pourrait ne pas sortir de nulle part. Il est intéressant de noter que JLR a récemment relancé la marque Freelander en Chine, en partenariat avec le constructeur local Chery. Or, les modèles de cette nouvelle entité proposeront justement des motorisations à prolongateur d’autonomie.
Jaguar pourrait donc bénéficier d’une technologie déjà développée et éprouvée par son partenaire, ce qui accélérerait considérablement le processus.
Jaguar à la croisée des chemins
Cette saga illustre parfaitement le dilemme qui frappe de plein fouet l’industrie automobile européenne. Après avoir arrêté sa dernière ligne de production de moteurs à essence en janvier 2025, Jaguar se retrouve dans une position inédite et précaire : sans aucun modèle à vendre, suspendu à la réussite de son virage électrique.
Ce potentiel retour en arrière, même partiel, ne serait pas tant un échec qu’un acte de pragmatisme. Face à un ralentissement des ventes de voitures électriques sur plusieurs marchés et à des infrastructures de recharge encore imparfaites, le tout électrique à marche forcée apparaît pour certains comme un pari risqué. En proposant une alternative rassurante, Jaguar pourrait s’assurer une transition plus douce et garantir les volumes de vente nécessaires à sa survie.
La Type 00 devait être le symbole d’une rupture totale. Elle pourrait finalement devenir celui d’un compromis intelligent, un pont entre deux mondes. Une chose est certaine : le futur de Jaguar se joue maintenant, et cette histoire est loin d’avoir livré toutes ses réponses.
Et vous, que pensez-vous de cette stratégie ? Un recul nécessaire pour s’adapter au marché ou une promesse trahie ? Le débat est ouvert.
